Comment favoriser le travail mobile ?
| 6 réponsesChronos
13/01/2012 05:02

"Le travail mobile", c'est une manière plus large de s'interroger sur la transformation du travail… et des mobilités qui l'accompagne et l'organise. Mobile, parce qu'on bouge bien sûr … pour travailler … et quelque fois en travaillant. Mobile aussi, si on en appelle aux "technologies mobiles" (les emails, les textos, les tweets, le "cloud", les chats, skype…, les coups de fil) … D'où ? De chez soi… et n'importe quand… mais le plus souvent du bureau … à moins qu'on ne le fasse d'un café… ou d'une gare. Bizarre non, ce glissement vers ce qu'on appelle très mal le "télétravail".
Etes-vous d'accord pour parler de "travail mobile" ?
Comment le vivez-vous ?
Si vous êtes concerné, racontez… On en fera quelque chose le 7 février lors d'un colloque au Monde sur "Demain, le travail mobile".




Réponses
Le télétravail est une notion qui regroupe des réalités hétérogènes dont l’intérêt grandissant peut s’expliquer par quatre facteurs principaux :
- l’évolution et les coûts des outils technologiques ainsi que le taux d’équipement des ménages en connexion Internet à haut débit,
- les évolutions économiques et organisationnelles ainsi que les contraintes environnementales associées,
- les évolutions des mentalités, auprès des salariés et des employeurs,
- les dispositifs législatifs et les actions menées par les pouvoirs publics, tant à l’échelle des Etats que des collectivités territoriales.
Malgré les bénéfices substantiels que génère le télétravail, ce dernier suscite des interrogations légitimes de la part des salariés et des employeurs nécessitant la mise en place d’un environnement de confiance et un accompagnement juridique adapté.
1. Définition.
Le télétravail peut se définir comme « toute forme d'organisation du travail dans laquelle un travail, qui aurait également pu être exécuté dans les locaux de l'employeur, est effectué par un salarié hors de ces locaux de façon régulière et volontaire en utilisant les technologies de l'information dans le cadre d'un contrat de travail ou d'un avenant à celui-ci » (définition du Ministère du Travail, de l’Emploi et de la Santé).
Dans les faits, le télétravail peut revêtir différentes formes : en réseau au sein de l’entreprise dans des locaux géographiques distincts, dans des locaux partagés par plusieurs entreprises, nomade, à domicile, … Dans tous les cas, le télétravail revêt un caractère volontaire et réversible pour le salarié, pour l’employeur et doit mobiliser dans une entreprise le comité d’entreprise et/ou les délégués du personnel.
2. Bénéfices et contraintes.
La mise en place d’un dispositif de télétravail répond à des aspirations complexes, de la conciliation de la vie privée et professionnelle à la demande d’autonomie (salariés) ou de souplesse (employeurs), en passant des considérations environnementales (émissions de CO2 et de particules fines). Passer moins de temps dans les transports, baisser le niveau de fatigue et de stress, consacrer davantage de moments à sa famille, diminuer les coûts liés aux trajets automobiles dans un contexte de renchérissement des énergies fossiles, tels sont quelques-uns des bénéfices clés du télétravail.
Toutefois, ce phénomène concerne à l’heure actuelle principalement les salariés qualifiés et se matérialise au détriment des femmes qui représentent 43 % des télétravailleurs à domicile, soit deux points de moins que leur part dans la population salariée (source INSEE). Le développement différencié du télétravail s’accompagne de la question de la charge de travail et le droit au repos où le « télétravailleur » ne doit pas être coupé de son collectif de travail. Ainsi, le Conseil Général de l’Industrie, de l’Energie et des Technologies (CGIET), dans son rapport du 28 juillet 2011, préconise la limitation à 2-3 jours par semaine du télétravail.
3. En France et à l’International.
La signature de l’accord cadre européen le 16 juillet 2002 est la première expression d’un véritable accord entre partenaires sociaux au niveau européen, même s’il ne présente pas de caractère juridique contraignant. Cet accord cadre est suivi par la signature le 10 juillet 2005 d’un accord national interprofessionnel sur le télétravail par l’ensemble des partenaires sociaux français. Le 10 juin 2009, une proposition de loi adoptée en première lecture à l’Assemblée définit les obligations de l’employeur et étend à tous les salariés l'accord national interprofessionnel.
En France, le télétravail ne concerne que 9 % des salariés, contre 18 % en moyenne en Europe et plus de 30 % dans les pays scandinaves et les Etats-Unis. Selon une étude 2010 de l’ANDT (Association Nationale pour le Développement du Télétravail), ce mode de travail est peu développé dans les TPE-PME et se concentre essentiellement en « province » : 15% des entreprises de 10 à 19 salariés, 27% des 20 à 249 salariés et 65% des entreprises de plus de 250 salariés y ont recours.
4. Le rôle des pouvoirs publics.
A l’instar des plans de mobilité (PDE/PDIE/PDA) mis en œuvre par les entreprises et les administrations pour optimiser les déplacements contraints (domicile-travail), les pouvoirs publics et leurs établissements publics (ADEME notamment) ont un rôle prépondérant à jouer dans le développement du télétravail qui devrait concerner, d’ici à 2020, 40% à 50 % des emplois en France (étude Bain & Cie). Au-delà des mécanismes incitatifs et de sensibilsation, certaines collectivités ont eu la volonté de développer des télécentres.
Les télécentres, équipés d’outils informatiques et télécom performants, permettent ainsi aux nomades de disposer d’espaces collectifs à proximité de leurs domiciles (exemple d’Actipole 21), limitant ainsi le traffic et les émissions de polluants. De manière un peu différente, les espaces de coworking, plus urbains, sont un lieu d’échange (exemples à Paris avec La Cantine et La Ruche). La région Ile-de-France s'est lancée dans une politique de soutien à l'éclosion de tiers-lieux avec, à la clé dans le budget 2011, 1 million d'euros qui a été prévu pour permettre de créer des plateformes de télétravail dans la région.
Récemment, le télétravail, mode de travail qui doit procéder d’une démarche volontaire et adaptée, a fait l’objet de nouvelles annonces. A l’occasion de la conférence sur le télétravail et les télécentres en novembre 2011, un plan d’action favorisant leur développement à destination des PME a été présenté par le Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie. Preuve en est que le sujet est riche en potentiels d’amélioration.
Fabrice SPATH
Directeur associé
e-Motility
Bonjour,
Pour moi, l'essentiel est de prévoir différentes manières de travailler à distance : de chez soi, de bureaux mis à disposition, via des serveurs à distances, etc.
Et surtout, il faut que les collectivités subventionnent le déploiement de centres de travail à distance, au même titre qu'elles subventionnent les transports qui permettent d'aller de chez soi à son travail. Je l'explique dans la vidéo ci-dessous.
http://www.dailymotion.com/playlist/x1mido_Ludovic_Bu_interviews/1#videoId=xjymoe
Cordialement,
Ludovic Bu
co-auteur de "Les transports, la planète et le citoyen" (http://tinyurl.com/tpctpc)
Dans ma société, nous avons de très petits locaux siège et travaillons souvent de chez nous et cela se passe très bien (nous sommes dispersés dans différentes villes). Il suffit que chacun soit responsabilisé et que le travail soit effectivement effectué, et correctement...
Pour une jeune société, cela permet également des économies non négligeables et une bonne conférence skype pour faire le point de temps en temps est largement suffisante.
En revanche, certains n'aiment pas travailler seuls, dans ce cas, l’entreprise leur paye un bureau dans un espace de co-working...
Avant de chercher à fournir de nouveaux espaces de télétravail on pourrait tout simplement utiliser le temps des transports. Pour cela il faudrait que ces derniers soient mieux équipés, plus confortables etc... A quand le wifi dans les TGV ? les trains de banlieue ? le métro ?
Apparemment la sncf n'est pas prête de la généraliser.... dommage
http://www.generation-nt.com/internet-wifi-tgv-thalys-payant-actualite-1213481.html
Le jour où les employeurs et les pouvoirs publics vont calculer les économies potentielles du travail mobile, il y aura un vrai investissement. Nous avons souvent tendance à regarder seulement les avantages côté salarié en termes de qualité de vie, mais l'entreprise gagne aussi en productivité lorsqu'elle offre aux collaborateurs de la flexibilité. Les anglais ont chiffré tous ces avantages dans cette étude super intéressante :
http://www.plantronics.com/uk/solutions/home-based-worker/work-shifting.pdf
Personnellement, c'est une belle idée mais je crois qu'elle a beaucoup de limites :
- D'abord les grandes sociétés vont vouloir garder le contrôle sur la diffusion des secrets industriels. Si ces employés travaillent depuis n'importe quel endroit, le risque est démultiplié. A ce titre je ne les vois pas favoriser cette mise en place.
- Ensuite je crois que les gens ont besoin de sociabiliser et que l'esprit d'équipe est la clé de bien des réussites professionnelles. Si je pense que les technologies peuvent accompagner le développement de cet esprit d'équipe, il ne peut pas se passer de rencontres physiques régulières.
- Enfin beaucoup de personnes sont plus à l'aise et plus efficaces dans la régularité, c'est à dire dans un environnement de travail fixe et constant.
En conclusion je pense que le travail mobile a clairement du potentiel, d'abord pour certaines personnes et entreprise qu'a d'autres: les services plus que l'industrie, les PME plus que les grands groupes, les jeunes plus que les seniors... pour donner les grands traits... Cela dit, c'est une tendance lourde qui va probablement en s'organisant finir par pallier du mieux possible à ces problèmes.